Un nouveau pacte pour l’Afrique lors de la COP 27.

Emmanuel Macron
5 min readNov 4, 2022

Nous avons été témoins cette année d’ouragans, de typhons et d’inondations catastrophiques. L’Amérique et l’Australie ont été la proie des flammes. L’Europe a suffoqué sous le coup d’une longue canicule. La pénurie de denrées alimentaires causée par la sécheresse et des inondations en Afrique orientale a frappé de nombreux foyers. Les pluies torrentielles de la mousson ont submergé un tiers du Pakistan, faisant un demi-million de sans-abri.

Notre planète entière est touchée, mais l’Afrique est le continent le plus vulnérable face à cette crise mondiale. Tous les effets négatifs du réchauffement climatique semblent y être amplifiés : le PIB africain est amputé de 15 % de croissance par an en raison des conséquences destructrices du changement climatique, et les conditions météorologiques extrêmes et erratiques menacent vie humaine, approvisionnement alimentaire, sécurité hydrique et jusqu’aux fondements mêmes du développement économique. Sur le continent, 250 millions de personnes ont de plus en plus de difficultés à vivre de leur travail de la terre.

Les Nations unies nous alertent sur le fait que la trajectoire actuelle nous mène vers une hausse de la température mondiale de 1,5 °C en 2030 par rapport aux niveaux préindustriels. En Afrique, le changement climatique est une réalité irréversible. Il est trop tard pour revenir en arrière. Nous pouvons encore mettre en place des mécanismes d’atténuation, mais le temps presse. C’est pour cette raison que nous avons deux priorités pour le Sommet sur le climat qui se tiendra cette année en Égypte : non seulement maintenir l’objectif de 1,5 °C à notre portée, pour éviter que les conséquences du changement climatique ne s’aggravent davantage encore, mais aussi accélérer radicalement l’adaptation au dérèglement climatique en Afrique et dans les pays vulnérables du monde entier.

Ce travail d’adaptation est aussi porteur de croissance. Il s’agit de maîtriser la nature pour restaurer les écosystèmes dégradés, de développer des cultures résistantes à la sécheresse, des services numériques accessibles pour les petits agriculteurs et des infrastructures résistantes aux intempéries, et de créer de nouveaux emplois verts pour les jeunes. Si l’atténuation des changements climatiques est un passage obligé pour que notre planète reste vivable, l’adaptation à ces changements est l’occasion de forger un nouveau modèle de développement pour l’Afrique qui réunisse résilience au changement climatique, ingéniosité, efficacité et productivité.

L’Afrique possède tous les atouts pour y parvenir. Elle a la population la plus jeune de tous les continents, elle a su relever de nombreux défis, notamment tout récemment la COVID-19, et elle est déterminée à tirer tout le parti possible de la crise climatique.

Mais pour mettre en œuvre ce programme d’adaptation, chacun devra y mettre du sien, en Afrique mais aussi dans le reste du monde. Lors de la COP26 de Glasgow l’année dernière, les pays développés sont convenus de doubler le financement de l’adaptation à concurrence d’au moins 40 milliards de dollars par an d’ici 2025. Les flux financiers internationaux en provenance des pays développés sont nécessaires pour aider les pays en développement, dans le cadre de la mobilisation, essentielle, de toutes les sources de financement de l’action climatique, qu’elles soient internationales, nationales, publiques ou privées. On estime que, rien que pour l’Afrique, 52 milliards de dollars par an sont nécessaires ; l’augmentation du soutien financier des pays développés doit contribuer à mobiliser toutes les autres sources de financement.

La France et les Pays-Bas sont les principaux contributeurs du soutien à l’adaptation dans les pays en développement, notamment en Afrique. La France s’engage à fournir 6 milliards d’euros par an en faveur de l’action climatique dans les pays en développement jusqu’en 2025, dont un tiers pour l’adaptation. Les Pays-Bas ont récemment décidé d’accroître leur financement annuel de l’action climatique à hauteur d’au moins 1,8 milliard d’euros en 2025 et de doubler leur aide publique à l’adaptation aux changements climatiques. En outre, les Pays-Bas continueront de consacrer plus de la moitié de leur financement public de l’action climatique à l’adaptation, en particulier en Afrique, et feront progresser ces questions lors de la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2023, dont ils seront coorganisateurs.

Tous les pays doivent honorer le plus vite possible leurs engagements relatifs au financement de l’action climatique et verser des fonds pour des projets sur le terrain, tels que l’initiative de la Grande muraille verte, qui lutte contre la désertification via la régénération de millions d’hectares de terre dégradée, accroît la sécurité alimentaire, améliore la nutrition et la productivité agricole et soutient les emplois ruraux dans 11 pays au Sahel. Cette initiative a remis au goût du jour des principes traditionnels de gestion des terres qui avaient failli disparaître ; elle est la preuve que l’Afrique trouve des solutions à la crise climatique. Rien qu’au Sénégal, plus de 11 millions d’arbres ont ainsi été plantés.

Dans le prolongement de cette initiative, le Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique est un projet d’envergure continental conçu et dirigé par les Africains visant à donner la priorité au renforcement de l’adaptation dans le domaine de l’agriculture, des services numériques, des infrastructures, de l’entrepreneuriat et de l’emploi des jeunes. La Banque africaine de développement a mobilisé jusqu’à présent la moitié des 25 milliards de dollars dont elle a besoin pour l’adaptation aux changements climatiques d’ici 2025, et ces efforts portent déjà leurs fruits. Cette COP27 « africaine » est l’occasion pour tous les pays qui en sont capables d’accroître leur action afin d’assurer le financement complet du Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique par l’intermédiaire du guichet de financement consacré à l’action climatique du Fonds africain de développement, ainsi que des 250 millions de dollars de la Facilité de financement en amont de ce Programme. Grâce au soutien du Centre mondial pour l’adaptation, ce Programme a déjà redirigé plus de 3,5 milliards de dollars d’investissements en amont dans 19 pays, chaque dollar investi ayant un impact sur 100 autres en aval.

L’adaptation, ce sont aussi des investissements massifs dans la révolution agricole rendue nécessaire par les changements climatiques. La Mission internationale de résilience alimentaire et agricole (FARM), lancée par la France et par ses partenaires européens et internationaux, fournit déjà une gamme complète d’investissements pour accroître la solidité des chaînes de valeurs agricoles africaines, notamment en libérant le potentiel des protéines végétales et des engrais décarbonés ou organiques. Nous appelons tous nos partenaires à intensifier leur soutien à cette initiative décisive.

La COP27 est l’occasion idéale pour tous les pays de soutenir l’Afrique afin qu’elle puisse faire face aux conséquences du changement climatique et ouvrir la voie vers la résilience. C’est aussi le moment de relancer et renouveler le partenariat entre les pays du Nord et le continent le plus jeune et le plus prometteur du monde. Pour ce faire, la conférence doit représenter une avancée majeure dans le domaine du financement de l’adaptation au changement climatique et conduire à des actions concrètes sur le terrain.

L’Afrique ne se contente pas d’attendre passivement. Elle agit, pleinement soutenue par des pays européens comme la France et les Pays-Bas, mais elle a besoin de l’appui de tous les bailleurs de fonds, qu’ils soient donateurs, investisseurs privés ou philanthropes. La réussite de l’Afrique, à savoir le développement d’un continent plus fort, plus vert, plus prospère, durable et résilient, sera notre succès à tous.

Emmanuel MACRON, Président de la République française, Macky SALL, président de la République du Sénégal et Mark RUTTE, Premier ministre du Royaume des Pays-Bas. Tribune publiée dans The Guardian.

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